Elisabeth, 01-1999
Enchantés d'avoir
enfin leur enfant, les Durand firent une grande fête. Le petit Adrien,
lui, somnolait dans son berceau. Mais deux minutes plus tard, il se réveilla
et se mit à hurler. Je commence à haïr ce gosse,
murmura entre ses dents le cousin de Madame Durand. Il se peut aussi
qu'il vomisse. Ça serait bien le genre à dégueuler,
ajouta-t-il d'un ton glacial. Dans le ciel bleu, le soleil éclairait
bien la prairie choisie pour le festin. Monsieur Durand dégustait
avec plaisir un brownie. Un vautour passa dans le ciel. Le bambin hurla
de plus belle. Le signe du malheur ! cria Madame Durand en tombant
sur la balançoire. Sans s'en rendre compte, elle perdit sa bague.
En se relevant elle trébucha sur une racine (j'aurais pu choisir
la faire tomber dans une ornière mais c'est comme ça) et
tomba dans la boue. Quelle mixture dégueulasse! dit-elle
en oubliant son éducation bourgeoise et soignée. Elle regarda
avec dégoût la boue. Son mari éclata de rire. La femme
mécontente murmura; cette fête est une torture pour moi.
Elle rentra ajuster son vernis. Sur la façade de la maison elle
regarda le cadran solaire : 15 h 30. Enervée, Madame Durand sessuya
rageusement les pieds sur le tapis du perron. Pendant ce temps, son cousin
donna à Adrien son cadeau de naissance; un voilier . miniature.
Sylvie, 01-1999
Sur le voilier bleu, j'étais malade. J'avais
déjà vomi trois fois, et je somnolais depuis quelques minutes
lorsqu'au loin, sur le tapis enchanté de la mer, j'aperçus
comme une ornière, un creux. Il s'agissait d'un bébé
vautour. Il tenait en son bec une bague, qu'une princesse avait perdu sur
la balançoire. Bien que haïssant les oiseaux de proie, je préférai
rire du présage. L'estomac encore torturé, je consultais
le cadran solaire, et vis qu'il était l'heure de ma mixture composée
de racines. Ah, je n'étais pas verni, pour cette traversée
de l'Atlantique à la rame! Nuits glaciales, soleil accablant le
jour, heureusement que l'animal, une fois disséqué, j'avais
récupéré la bague. Arrivé aux Amériques
j'obtins pour son prix une troupe d'esclaves lascives dont je fis des galériennes.
Ainsi, comme un pacha, j'effectuais mon voyage de retour.
Benoît, 01-1999
Un pâle soleil marquait quatre heures et deux
minutes au cadran solaire. Un vautour qui portait avec discrétion
sa bague du Comité ornithologique international, somnolait, enchanté
du doux mouvement de la balançoire. Soudain, son oeil bleu, inquiet,
s'entrouvrit. Ce fut d'abord comme un point glacial à l'estomac,
puis des gargouillis commencèrent à le torturer. Il sortit
de sa torpeur pour identifier la racine du mal. C'était sans doute
cette mixture indéfinissable que lui avaient offert les flibustiers
du voilier d'à coté. Leurs rires auraient dûs le rendre
méfiant alors qu'il la dégustait en se trouvant somme toute
assez vernis. Maintenant il les haïssait. Enfin, pour sortir de cette
ornière, ne pas hésiter . une seule solution : vomir sur
le tapis.
François, 01-1999
Vomir au soleil du steak de vautour ne m'enchante pas.
C'est vrai que je n'aurais pas dû abuser de la balançoire
après le repas. Aïe, je déguste, mon ventre me torture.
Cette mixture était infâme, cette sauce aux racines vraiment
dégueulasse; tu as inventé cette recette ? Quand je pense
qu'à cette heure, j'aurais dû être sur un beau voilier.
Ah ! Somnoler sur le tapis moelleux, dans la cabine au bois vernis du capitaine,
bercé sur le bleu absolu de la mer. Je te hais, ce n'est pas la
peine de rire. Dans moins d'une minute au cadran solaire, je vais mourir
dans l'ornière,
sous ton oeil glacial, tu as réussi, tu m'as empoisonné avec
ton vautour, salaud, et tu vas récupérer la bague aux dix
mille carats.
?, 01-1999
- Le voilier, tout comme la balançoire, ça me donne envie de vomir ! - Ah, je te hais, tu n'es jamais satisfait, je vais te torturer et t'ôter l'envie de rire, tu ferais mieux de somnoler et de nous ficher la paix !
- Tu ne me fais pas peur et si tu continue sur ce ton, c'est toi qui va déguster ! Je te ferai avaler une mixture bleue glaciale, puis j'exposerai ton cadavre au soleil, et les vautours, enchantés, se chargeront de toi. La seule chose qu'il laisseront sera ton horrible bague vernie. Je l'envelopperai dans un tapis, puis je le cacherai dans une ornière, sous une racine.
- Et bien moi, je te ferai avaler
un cadran solaire en moins d'une minute !
Elisabeth, 01-1999
Le parquet verni était recouvert d'un tapis
bleu qui représentait un voilier. Silence ! , cria le maître.
Qu'est ce qu'un cadran solaire, Benoît ? Heu. une horloge qui
marche avec le soleil . Nul ! Le maître était très
sévère et tous les élèves le haïssaient.
C'était un grand homme maigre qui ne riait jamais. Plus qu'une
minute de torture, pensa Benoît. En effet quelques secondes plus
tard, La sonnerie de la récréation retentit. Benoît
d'assit sur une balançoire et y resta jusqu'à ce qu'il ait
envie de vomir. Un vent le berçait. Il somnola. L'heure de la cantine.On
va nous obliger à déguster cette mixture infâme. L'idée
de la bonne femme qui les surveillait ne l'enchantait guère non
plus. Benoît regarda le menu:
- Vautour rôti.
- Racines de chêne au chocolat.