François 06-06-1999
J'étais parti observer les brontosaures au Jardin des Plantes; ils s'y promenaient presque en liberté. Dans mon panier d'osier, j'avais préparé les poivrons dont je raffole.
Je marche dans la rue avec mes chaussures aux
pieds, mon chapeau sur la tête. Mais d'un soupirail s'échappe
la parole suivante, à peine murmurée, comme une melopée
: " Prends ta lyre, tes dièses enchantés et
démasque le fou ". Je plante là mes
brontosaures et ne gaspille pas mon temps. Je tourne à gauche,
à droite, j'arme ma clef de sol munie de son silencieux,
et je pénètre avec précaution dans le souterrain.
Il fait très noir, alors je tire trois notes de la lyre avec la
dernière phalange du médius de la main droite. Aussitôt
voltigent dans l'obscurité mille flocons. Je criais "Oh grand
fou, tu es là ? Montre ton nez, il s'allonge, grand
menteur, tu es démasqué !" Je tire une rafale
de dièses. Je l'entends râler dans le noir, il n'a pas eu
le temps de dégainer sa clef de fa. A coté de lui, j'apperçois
les lingots qui scintillent. Toute une pile ! Je suis riche
! J'abandonne la paléontologie, vive la Musique !
Sylvie 06-06-1999
Poivron engagea
la clef dans la serrure. Comme chaque soir, il se voyait enlever
ses chaussures, déposer son chapeau sur l'armoire,
engloutir un bol de flocon d'avoine, et , tranquille prendre sa
lyre dans le panier d'osier pour rejouer sa création
favorite, le requiem pour un brontosaure en fa dièse
mineur. Jamais il ne gaspillait ses heures de liberté
dans des activités frivoles, comme le fou qu'il observait
quotidiennement par la fenêtre, le nez dans sa pile de lingots.
Mais ce jour là l'autre arriva silencieusement par derrière,
et sans même faire craquer ses phalanges l'étrangla
en prononçant ces paroles : " Je t'ai démasqué,
espèce d'Apollon à la manque ! Tu ne me casseras plus les
oreilles, et je jetterai ton cadavre dans un souterrain !
"
Benoît 06-06-1999
Ce n'est qu'après s'être lui-même démasqué qu'il compris combien il avait été fou de chercher à donner le change.
Gaspiller son énergie à faire fondre les flocons aux alentours du Château, en soufflant des flammes par le nez, l'avait certes amusé pendant l'hiver. Au printemps il avait moins apprécié d'avoir à gober, observé par tous, les oiseaux-lyres nichant dans les buissons d'osier contre les piles du pont-levis. Leurs pépiements terrifiés, truffés de dièses à la clef altéraient sont oreille préhistorique. Depuis l'été c'était un véritable calvaire d'avoir à se gaver de poivrons, afin de faire office de forge à lingot pour le trésor royal, au fond du souterrain. Et pourquoi l'avait-on affublé de ces ridicules poulaines, chaussures qui lui martyrisaient les phalanges ?
Un immense soulagement l'envahit
quand il reprit sa liberté de parole : " Oui
j'avoue, je ne suis pas un gentil dragon . je ne suis qu'un brontosaure
rescapé du déluge".
Marie 06-06-1999
La prison souterraine
du brontosaure lui pèse. Sur son rocking-chair d'osier
il médite et observe. Indéniablement le poivron
du Mardi est toujours aussi bon. Mais la liberté fait quand
même cruellement défaut depuis que le monsieur lui fit voir
sa clef. Fou stupide ! S'il n'avait pas gaspillé
ses paroles, je n'aurais jamais su que ce lingot aménagé
n'avait pas d'issue. Je ne tire désormais de ma lyre consolante
que dièses discordants ! ( Sans parler des bémols
!) . Mais, enfin, je le démasque. Il se paye des phalanges, de belles
chaussures, un chapeau chic. Le nez est imparable
: qu'on l' énerve, qu'on l' émiette, qu'on l' écorche,
qu'on le liquéfie, qu'on le pile, qu'on le pince. il est
toujours là ! Il revient le jour suivant ! Nez de brontosaure !
Mon frère, tu veux jouer au Monsieur, tu m'as mis en cage, tu tentes
de faire flocon ! Tu resteras une enclume.
Elisabeth 06-06-1999
Quel film de fou ! se lamenta Monsieur Desparatos, dont la fille jouait à ce moment sur la scène. Mademoiselle Desparatos était en plein tournage. C'était un film qui parlait de choses et d'autres : poivrons, chaussures, enfin pas d'histoire précise, quoi. A ce moment même, par exemple la jeune fille criait : Ô dieu des souterrains et des brontosaures libère moi ! C'était n'importe quoi, voilà ce que pensait Monsieur Desparatos, mais ce n'était pas le premier film de la jeune fille. Elle avait déjà joué dans un film policier, où elle était détective et devait démasquer un faux explorateur qui avait volé des lingots d'or. On ne savait pas si c'était un vrai ou un faux, car son chapeau d'explorateur était vrai, alors. Bien sûr à la fin elle trouvait la clef du mystère. Elle avait aussi tourné dans une comédie musicale, elle y jouait de la lyre et d'ailleurs elle faisait tout le temps des sols dièses au lieu des sols bémols.
Monsieur Desparatos était quand même fier de sa fille; au moins elle ne gaspillait pas son temps, elle. Eh oui, car il était lui au chômage, il n'était pas accepté pour les travaux physiques : il était petit et boiteux car il n'avait pas de phalange au gros orteil. Par contre il n'avait plus de problème au nez, il se l'était fait refaire.
Il observa sa fille et remarqua qu'elle avait
un flocon - qui datait sûrement du matin même - sur
l ëoreille.
- Au secours , hurla le caméraman, Nous n'avons
plus de pile pour la caméra, il faut en racheter, nous n'en
avons pas de rechange !
- Arrêtez de hurler, marmonna Monsieur Desparatos,
après vous perdrez la parole.
- Ô dieu de l'Osier, emmène moi
! continuait l'actrice qui n'avait rien remarqué.
Clément 16-07-1999
- Non Vraiment c'est fou ma parole, c'est une empreinte de brontosaure, on voit bien la troisième phalange qui prolonge le métatarse ! Dites donc professeur, je croyais que les brontosaures en liberté ne s'aventuraient pas dans ces contrées !
- Mon jeune ami mettez donc un dièse, euh je veux dire un bémol à votre enthousiasme et ne gaspillez plus votre salive. Je n'observe rien de plus ici que les vulgaires restes d'une nichée d'oiseaux-lyres que ces flancs de montagne couvert d'arbres à poivron auront attirés.
Effectivement le professeur n'était pas né de la dernière pluie, et nous nous remîmes à rouler sur cette piste chaotique, quand tout à coup il exulta:
- Passez moi donc mes chaussures et mon chapeau , sous la pile photovoltaïque, dans le coffre. Oui, oui , près du panier en osier. Voyez mon jeune ami, ces flocons qui s'échappent par à coups d'entre ces lingots verdâtres. Nous sommes bien là en présence de ces souterrains si caractéristiques . Je crois bien que nous allons les démasquer !
- Qui donc ? Fis-je. Pas de réponse; sans donner
la clé, il était déjà parti.
Paul 16-07-1999
Ma parole, il y a le brontosaure en liberté
dans le Château ! Si je démasque le fou qui
lui a mis des chaussures en osier, je l'enferme à
clef dans le souterrain. On pourra l'observer faire des dièses
et des bémols sur sa lyre en forme de poivron. Il
a déjà gaspillé tous les lingots en
les transformant en flocons ou en se les mettant dans le nez.
Ah, ah! sans pile à mettre dans sa lampe, il ne pourra même
pas voir sur quoi il s'use les phalanges.