François, 25-09-1999
Cet oratorio est vraiment trop chiant pensais-je en ne
réprimant pas un bâillement. Et les gargouillis de ma voisine
sont ignobles, elle devrait faire un régime cette grosse. La soprane
a une gueule de blatte, le ténor est totalement ahuri, la basse
a visiblement abusé de la bouteille, le chef prend un tempo de sauvage.
Je regarde désespérément le plafond, je fais les comptes
mentalement; encore à découvert et j'ai payé deux
cent balles ce concert de naze. il faudrait déjà chasser
le premier violon qui grince avec trois mesures de retard, l'envoyer aux
galères, qu'il rame jusqu'à la mort. Et j'énumère
de terribles supplices. Pas de pardon non plus pour le cor. Et la harpiste,
qu'elle consulte d'urgence un bon psychologue. Pour mon mal de tête,
vite des globules d'Ansernicum Album 9 CH ! J'ai envie de courir aux toilettes.
Ziva, casse toi Karajan de sous-préfecture, ne gesticule pas trop,
tu va faire péter la couture de ton habit de maestro, trop étriqué
pour contenir ta monumentale bedaine !
Qu'est ce que je fous là, moi ?
Sylvie, 25-09-1999
Cours, cours, toi le dernier sauvage, dans la garrigue
où tu perds tes derniers globules. La flèche empoisonnée
du psychologue ne pardonne pas. Dans ta pauvre tête d'ahuri résonne
un dernier oratorio : ton compte est bon, il ne t'a pas loupé. Aucune
couture n'arrêtera le mortel gargouillis de tes entrailles. plus
jamais tu ne rameras, serein dans les gorges monumentales de ton pays d'origine.
Ce dégénéré qui a vraiment une blatte dans
le plafond, était parti chasser l'indigène en Amazonie. Il
t'a capturé, t'a mis au régime sec. Finies les bouteilles
de Scotch que le dernier ethnologue de passage t'avait laissées
en cadeau, et ta vie s'est résumée en une énumération
de contraintes et d'interdits, sans parler des expériences et des
conférences où il te faisait passer pour un cas grave nécessitant
ses soins constants. Zyva, oui ! Tu supportais en réprimant tes
bâillements, jusqu'au jour où tu en a eu assez et où
tu t'es enfui. Il a pris ton carquois avec les flèches et il t'a
poursuivi jusqu'ici, où ta vie s'achève, avec vue sur le
Garlaban.
Benoît, 25-09-1999
J'avais à peine déclenché ma caméra
qu'il commença l'énumération de ses titres sur un
bâillement fort peu civil. Le gargouillis stomacal qui suivit n'était
guère plus délicat, et le régime qu'il claironne suivre,
à qui veut l'entendre, pour se refaire ses globules, ne pouvait
excuser cette monumentale grossièreté. " Pourtant, quand
il s'est inscrit au colloque, pour un psychologue, pardon un psychiatre,
il n'avait pas trop l'air d'avoir une blatte dans le plafond " m'a
confié une secrétaire du palais des congrès. "
Z'y va !" lui cria ensuite une ahurie, une de ses patientes en cours
de transfert, à qui on n'avait pas osé interdire l'accés
de la salle quand elle était arrivée en courant, le regard
sauvage.
Il enchaîna enfin son exposé. J'avoue que
je n'ai pas tout suivi . Il y était question d'Adam et Eve chassés
de l'Eden, de Freud qui aurait passé commande d'un oratorio à
Kurt Weil, de la nécessité de réduire la fracture
par la couture sociale . et je ne sais quoi encore. Bref il ramait, l'esprit
sans doute embué par plus d'une bouteille lampée au vin d'honneur.
J'ai tout cela en boite mais . non, je t'assure tout
compte fait, pour le journal de ce soir, il vaut mieux passer le sujet
sur le concours de pétanque à Borély, plutôt
que cette connerie au Pharo.
Xavier, 25-09-1999
"Ziva", dit le Sauvage entre deux bâillements à
se décrocher la couture des mâchoires. Son vieil ami Globule,
faisait les comptes des occasions manquées et l'énumération
des chausses-trappes qui ne pardonnent pas. Les blattes passaient entre
leurs pieds, tombées du plafond monumental, pur style stalinien,
souvenir d'un régime qu'il aimait bien. Le Sauvage fit rouler une
bouteille vide et Globule émit un fort gargouillis. "Ça rame"
répondit Globule. Mais il tira et se mit à courir là
où c'était tombé. Le sauvage, en vieux psychologue,
tout ahuri de fatigue qu'il fut, comprit : ce soir, la chasse à
l'oratorio-à-poil-ras allait encore donner.
Elisabeth, 25-09-1999
Monsieur Globule étira un bâillement monumental.
La dame en face de lui ne le remarqua, bien heureusement.
- Vous comprenez, monsieur le psychologue, je me trouve
grosse, donc j'ai fait un régime. Seulement au bout de deux heures,
j'ai eu d'affreux gargouillis, et patati et patata.
Il leva les yeux vers le plafond et n'y vit que quelques
blattes sauvages. Il aurait pu les énumérer, les compter.
Il se reprit et participa enfin à la conversation.
- Chassez ce régime de votre tête, chère
Madame, chassez le, laissez le courir vers les montagnes, qu'il soit libre.
poursuivit-il l'air rêveur. Pardon, chère
Madame, je rêvais, j'étais dans les nuages. Elle le regardait
d'un air ahuri.
- Monsieur Globule, que dois-je faire dit-elle
tout doucement.
- Faites de lacouture, cela change les idées.
Et aussi écoutez de l'oratorio, pas d'alcool, même pas la
moindre petite bouteille de vin blanc !
Elle partit. Se retrouvant seul, Globule se dit : Z'y
va, quel métier, pire que de ramer aux galères !
Florence, 06-10-1999 , (t libre)
Je n'ai pas eu le temps de grignoter le moindre truc avec
ce régime, bonjour les gargouillis, sans parler des bâillements,
heureusement qu'elle ne me voit pas! Qu'est ce qu'elle regarde là,
les yeux rivés vers le coin du plafond? Mais c'est quoi cette auréole?
C'est répugnant. Ah, c'est l'insecticide que j'ai mis l'autre jour
pour chasser les cafards. Bravo! Plus de danger que je l'utilise, d'ailleurs
la bouteille est vide. Et puis, qu'est ce que j'ai lu ? Que cela agit sur
les cellules du sang, Enfin bon, pas de panique, je n'ai pas des globules
de blatte moi.
- . Une voix rauque, quelque chose de terriblement
sauvage qui sortait de moi qui criait Zy-va ! Zy-va ! Et je courais nue
vers cette statue monumentale.
- Mentale. fis-je machinalement, Euh pardon, mentale
oui. Oh là, là, je rame ce matin, elle va me prendre
pour une ahurie. Qui est ce qui m'a mis ce chantier dans ma revue des psychologues?
Et, oh, non, ce n'est pas vrai! Le rideau tout déchiré! Ça,
c'est un coup d'Oratorio; ce chat va finir en civet! Voyons, peut-être
en faisant une couture, je pourrais arranger cela, je ne me rends pas bien
compte d'ici.
- . l'énumération de tout ce que je
ne peux plus supporter, cela me prendra au moins quatre séances
.
- Bien, on va s'arrêter là aujourd'hui,
je vous attends jeudi.