Q 12 - Quel signifiant soumettre à l'analyse ?
 

Benoît , 08-1999

La reine Anna - Lise, perchée sur son trône, écoutait d'une oreille distraite les seigneurs de son conseil.
Depuis dix ans il fallait lever l'ost chaque été pour réduire les Inconscients qui perturbaient les contrées profondes du domaine royal. La dernière campagne avait été radicale. Pour la première fois, depuis l'époque lointaine où le Comte Sigmund s'était aventuré dans leurs repaires et les avait décrits, on avait pu leur faire rendre gorge. A l'ouest, divisés en tribus peu organisées les Signifiants, transformés en alliés, auraient permis de faire face à une menace désormais autrement plus grave; celle des hordes de Surmois qui avaient tendance à paralyser le commerce extérieur par leurs interventions intempestives sur les côtes du royaume.
. Et cela faisait trois heures que les chevaliers de l'ordre du Psy pinaillaient avec force citations de feu Comte Lacan pour savoir quels Signifiants soumettre en premier à Anna-Lise.
 

Clément , 08-1999

A cette question simple et sans ambiguïté je répondrai ceci. Peut-on se contenter d'une telle question ? Bien évidemment non. telle qu'elle est posée, cette question ne fait qu'effleurer le problème, mes amis, elle n'est pas digne de nous. Encore si on nous avait demandé comment les signifiants qu'on soumet à l'analyse peuvent-ils de façon si intéressante encore s'y soumettre, là oui mes amis, j'aurais même applaudi des deux mains à la profondeur de la question en entrevoyant les abîmes insondables dans lesquels elle nous aurait plongé. Mais là, devant cette trivialité, je ne peux dire qu'une chose, mes amis, affaire suivante !
 

François, 08-1999

Il faut soumettre les seuls signifiants qui soient solubles dans l'analyse, qui telle l'acide dissèque les membres et les vides de toute substance de façon que seuls les ligaments subsistent, déployant avec clarté la merveilleuse structure. et tous les signifiants ont une structure, sachez le puisque tous ont une âme. tous les luthiers, les prêtres et les linguistes le savent. La question est de mettre à sur l'être, l'os, l'éternel, le roc, la pierre absolue, la dureté contre quoi la puissance de la dissection ne peut plus rien. Mais le signifiant de l'analyse peut lui aussi faire l'objet d'une analyse : telle est la faculté réflexive dans sa pureté. L'analyse s'analysant elle-même, c'est Dieu se regardant au miroir. Le risque est de se dissoudre soi même, et de n'atteindre jamais ce qui échappe à l'analyse. Le risque est de ne jamais saisir la réelle vertu divine, la vertu de la synthèse, qui embrasse la totalité organique, la beauté pure, le vivant. La structure c'est la mort, le vivant ne montre pas sa structure, il a horreur de ce strip tease absurde, il est fier de l'apparence et la conserve dans sa mobilité, dans son délicieux mensonge, il sait que l'analyse est mortifère, qu'elle assassine les signifiants, et que morts il ne peuvent plus signifier, et qu'alors le Sens est perdu !
 

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