7ème Mission Civile de Protection du Peuple
Palestinien / Mission Albert Jacquard

(Rapport de mission) 

Le 6 février 2002 - Arrivée à l'aéroport David Ben Gourion à Tel-Aviv. Nous rejoignons Jérusalem Est où nous devons rencontrer MM. Michel Warchawski (militant et écrivain) et Azmi Bishara (député arabe à la Knesset) actuellement privé de son immunité parlementaire.

Deux personnes à l’aéroport " mendient " un visa pour les Etats-Unis, la pancarte indique qu’ils viennent de Kiev. Le terme russe désigne en Israël les juifs arrivés de l’URSS depuis la fin des années 80. Ces personnes traitées en parias sous le régime soviétique se voyaient refusé jusqu’alors le droit d’émigrer, leur Alya (montée en Israël). J’apprendrai plus tard que l’on peut estimer, selon différentes sources, que de 20% (selon les autorités religieuses) à 60% (selon Michel Warchawski) des immigrants russes ne sont pas juifs.

Sur la route principale nous menant à Jérusalem nous pouvons apercevoir dès le passage de la ligne verte que les accès annexes sont obstrués soit par de gros blocs de béton, soit par des remblais de gravats. Ces accès sont les chemins, petites routes menant à des villages palestiniens. Des militaires rentrant chez eux à pied, treillis, arme au dos, font du stop et trouvent facilement une voiture s’arrêtant sur le bas côté.

Jérusalem Est, dans la vieille ville, porte de Damas. Le budget est voté en ce moment à la Knesset, Azmi Bischara ne pourra nous rejoindre. Quatre maisons viennent d’être détruites au nord de Jérusalem, et l’une des dernières associations palestiniennes vient d’être fermée.

L’accueil chaleureux de Michel Warchawsky ne doit pas tromper, les temps sont au pessimisme. Il se définit non comme un militant de la paix – celle-ci revêt pour l’heure et à son sens l’image d’une coquille vide – mais comme celui de la justice.

Pour lui, les Palestiniens, où qu’ils vivent, subissent l’offensive jamais égalée dans la violence depuis 1948 qu’il qualifie de " folie meurtrière ". Dans cette " folie meurtrière ", les morts, les bombardements, les "assassinats ciblés" (véritable terrorisme d’Etat), les destructions de maisons ont une part prépondérante.

Mais il existe une face cachée, bien trop peu relayée par les médias européens, celle du processus du démantèlement de la société palestinienne. Cette " altération " de la société palestinienne opère sur le quotidien traduisant ainsi la punition collective. La volonté est d’insulariser le citoyen palestinien dans des îlots bouclés, de constituer des enclaves palestiniennes sans plus aucune connexion entre elles, de mener une " dépalestinisation " de l’espace.Alors que " les freins moraux, éthiques ont été lâchés " les Palestiniens se sentent tragiquement seuls, assimilés aux forces du mal dénoncées par M. Bush et n'attendent plus rien du monde arabe.


Tous les jours, à Jérusalem-Est, des travailleurs palestiniens attendent le renouvellement de leur aussweiss pour aller travailler en Israël.

Albert Jacquard nous dit: " En fait, M. Ariel Sharon, en mettant en place une politique à long terme d’un grand Israël avec quelques tâches résiduelles, offre à son peuple et pour 50 ans, du sang et des larmes pour un projet moyenâgeux ".

Le 7 février 2002 - Sud de la Cisjordanie, Bethléem, Beit Jala, camp de Dheicheh, village El Khader. Premières colonies, premiers check-points.


Les premiers acteurs mais aussi les premières victimes des deux Intifada ce furent les enfants. Que signifie passer son enfance dans la haine et l'humiliation?

Je me remémore ce que disait Khader, le chauffeur du bus, aux militaires du premier check point que nous avons franchis pour aller à Bethléem : " Ce sont des touristes qui viennent respirer l’air frais ".

Quel peut être cet air que l’on respire, que l’on soit touriste en goguette voulant gagner le tombeau de Rachel, palestinien regagnant son domicile, militaire stationné pendant des heures au check point? Le sentiment dégagé alors dans l’observation du paysage n’a rien de léger ou quoi que ce soit y ressemblant, la première colonie visible ressemble à l'idée que l'on peut se faire du " château de Kafka " selon Albert Jacquard.

En arrière plan, un bloc lointain, monolithique perché à la cime d'une colline, les grues trahissent l'activité, des tranchées béantes, un anneau d'asphalte ceinture l'assise du monticule. Le sentiment donné au touriste, au passant palestinien, au militaire israélien, c'est toujours celui d'un processus de colonisation.

Au premier plan, des militaires, des Palestiniens passant à pied ce point de strangulation de toute circulation. " Ce sont des touristes qui viennent prendre l'air frais ", la farce est grossière. Ce check point est bien moins un point de sécurité ou de protection, qu'une mesure d'étouffement.

Nous rencontrons les membres de l’AIC à Bethléem. Ceux-ci nous accompagneront tout au long de notre visite dans Beit Jala.

A Beit Jala, c’est la vérité sans fard, la réalité d’une guerre aux deux protagonistes inégaux dans les forces déployées. C’est un symbole de l’injustice. En Palestine, malheureusement, tout prête à ce symbole, je l’apprendrai chaque jour un peu plus.

Cette ville est construite à flanc de coteau avec une forte densité. Toutefois Beit Jala n’est plus aussi grande qu’auparavant : 12 000 habitants y résidaient, 5000 en sont déjà partis, pour un grand nombre en Amérique du Sud.


Ce bâtiment du village de Beit Jala a été bombardé par les habitants - armés, bien sûr - la colonie de Gilo qui lui fait face.

Ce que vit Beit Jala, c'est la promiscuité avec une très grande colonie implantée en face au sommet de la colline la plus proche: " Ils tirent de Gilo " me disent les habitants. Gilo est cette colonie qui comptait, en 1973, 5000 personnes. Et qui en compte 10000 actuellement.

Lorsque l’on parle de colonie, " l’erreur la plus grave effectuée depuis le 11 septembre est d’assimiler les colons à une société civile ", nous rappelle Monsieur Pietton Consul de France, " les colonies sont militarisées, les colons sont une force d’occupation militarisée ".


Dans les oliveraies, les Palestiniens qui veulent récolter leurs olives attendent samedi pour s'y risquer: le jour du shabbat, les colons ne les tirent pas.

A Beit Jala, les premiers tirs retentirent le 28 septembre 2000.

Tout au long de cette traversée de la ville, des personnes se sont proposées pour porter témoignage de ce qu’elles endurent. Certaines regardent en direction de Gilo et pointent les champs d’oliviers aux pieds de la forteresse.

Ce sont leurs champs, des oliviers dont la production ne sera jamais récoltée, parce que leur accès est totalement interdit aux Palestiniens. Une route pourtant semble braver l’interdiction d’accès à Gilo. Elle est neuve, large, presque incongrue tant le paysage qui nous entoure est désolé, ravagé.

C’est la route de contournement la " by-pass road ". Elle dessert Gilo, la raccorde aux réseaux routiers mis en place par le gouvernement israélien en Palestine. Son utilisation est bien évidemment interdite aux Palestiniens. Tout le réseau routier, préexistant à la route de contournement, est détruit, obstrué ou encore barré par un check point.

Le camp de réfugiés de Dheicheh

Les vestiges d’une entrée à tourniquet restent là branlants, les pieds dans le sable c’est le souvenir de l’une des 14 entrées au camp, où une à une entraient les personnes réfugiées.

Ce camp ressemble à une prison à ciel ouvert. Les murs tristes des mansardes sont graphitées des visages des martyrs, pour certains des enfants, et de fresques retraçant l'histoire d’un peuple expulsé. Si d’aventure vous demandez aux jeunes habitants du camp de Dheicheh si ils se considèrent ici chez eux, vous aurez toujours la même réponse simple, cinquante trois ans après : je viens de tel village. Mais c'est un village qu’ils n’ont jamais connu, c'est le village d'où étaient originaires leurs parents.

Le village d’El Khader


Les israéliens ont maillé toute la Palestine de routes qui leur sont réservées de façon à faire du pays une "peau de léopard" et à rendre extrêmement difficile tout déplacement.

L'une des précédentes missions avait manifesté contre un ordre militaire s'arrogeant une partie des terres agricoles du village, à des fins militaires. Huit mois après, le retour en ce village laisse amer. Une route de contournement surveillée par deux camps militaires vient d'être construite, trois maisons de colons également.

Ibrahim, 65 ans, crie son désespoir : sa maison est désormais située dans la zone de réquisition. Il a reçu l'avis de destruction. Sa maison sera passée au bulldozer le 28 février prochain. Il est demandé aux Palestiniens de prouver qu'ils sont propriétaires. Or il n'existait pas de plan d'occupation des sols au moment de la construction.

Sa maison et les extensions sommaires construites pour ces deux fils et 30 petits enfants n'a donc pas d'existence légale. Ibrahim a vu ses champs amputés de 120 oliviers. La route qui menait au village est obstruée de gravats et de blocs de béton. Nombreux sont les villageois que nous avons croisés remontant chargés d'un fagot de bois par cette route barrée.

La Palestine à la suite des accords d'Oslo, a été découpée administrativement en trois type de zones. Les zones A correspondent aux zones d'autonomie palestinienne. Les zones B relèvent d'une " cogestion ", où par exemple les compétences civiles et de maintien de l'ordre reviennent à l'Autorité Palestinienne et la sécurité à Israël. Les zones C sont des zones de contrôle exclusivement israélien. Le village d'El Khader se trouve en zone A. Mais la maison d'Ibrahim, à seulement quelques mètres, se trouve en zone C.

Le scandale est que la présence israélienne fait fi des zones qu'elles soient A, B ou C. Une maison dans ce village située à un point stratégique puisqu'elle surplombe un vallon a été prise par les militaires. Ils peuvent tirer impunément. Un arrogant drapeau israélien flotte dessus.

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Source: Courrier International

 

Le 8 février 2002 - Constat de la colonisation de Jérusalem. Rencontre avec des associations israéliennes et palestiniennes. Rencontre avec Ali Jiddah membre du FPLP. Jérusalem, étymologiquement la ville de la paix, constitue le nœud gordien du conflit:

En juin 1967, le mot d’ordre était d’en faire " une ville aussi peu arabe  que possible". Avec une présence arabe limitée à 28% la population se répartissait ainsi : 250 000 juifs et 70 000 arabes. En 1981 le vote de la Knesset, condamné par l’ONU, affirmant que Jérusalem constituait la capitale éternelle d’Israël, donna l’impulsion à la colonisation autour des quartiers arabes. En 1993, la municipalité ne cachait pas sa volonté de créer une conurbation, un grand Jérusalem à population entièrement juive. Aujourd’hui la population arabe ne dépasse pas les 30 % . Ce qui peut paraître étonnant compte tenu du taux de natalité élevé.

Ceci s’explique notamment par la politique israélienne d’aménagement du territoire. Les zones non habitées dans Jérusalem Est furent décrétées inconstructibles. Les zones déjà construites, ne l’étant pas sur une base légale d’un plan d’occupation des sols, ne purent prétendre à s’agrandir. Un mouvement s’opère donc en dehors de Jérusalem.


Au check-point, les ambulances attendent le bon vouloir des militaires. Au prétexte que celles-ci serviraient aux terroristes.

D'autre part, les résidents permanents étrangers dès lors qu’ils quittent Jérusalem perdent leur droit de résidence. On estime entre 60 000 et 90 000 personnes déchues de leur résidence à Jérusalem. Depuis 1993, il faut un permis spécial pour rentrer dans Jérusalem.

Egalement, la séparation des Palestiniens de Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, la stratégie d’encerclement des quartiers arabes, depuis 1981. Des points de contrôle furent instaurés aux entrées Est de la ville, la coupant ainsi de son arrière pays. La volonté est d’empêcher qu’il y ait toute continuité territoriale. Ce bouclage a vidé le quartier arabe de son âme.

Enfin, la politique du grand Jérusalem, qui au cours des quinze dernières années,a créé un grand réseau de cités-dortoirs en Cisjordanie annexée, reliées entre elles et au territoire israélienne par un vaste réseau routier.

Nous empruntons la route n°1 séparant Jérusalem Est de Jérusalem Ouest, sur laquelle passe en même temps que nous un convoi de bulldozers blindés. Michel Warchawsky nous accompagne. Il nous parle du phagocytage des terrains cisjordaniens aux alentours de Jérusalem au profit des colonies. Elles contribuent ainsi à la création du grand Jérusalem.

La veille au soir, la rencontre avec un architecte urbaniste juif israélien (dont l’association présente des recours contre des projets d’urbanisme pouvant constituer une aberration humaine, écologique) nous permet de prendre conscience de ce qu’implique la notion de colonie et son corollaire, l’établissement d’un réseau routier cohérent.

Nous voyons une colonie qui s'élargit: les nouveaux développements coloniaux " n’annexent plus de nouvelles terres ", mais s’étendent dans le périmètre définit précédemment de manière arbitraire.

La colonisation des terres palestiniennes ne constitue que l’application en différé de décisions antérieures dont les paysans n’ont jamais pu prendre connaissance. Ils n’en prennent connaissance que le jour où ils reçoivent l’avis d’expropriation. Leurs possibilités de recours sont quasi-inexistantes. R. Shehaded, dans son livre " The legislative stages of the military occupation " indique qu’en matière de droit foncier de 1967 à 1971 plus de 400 ordres militaires ont posé les bases légales de l’occupation sans qu’ils soient publiés ni accessibles aux juristes. Il constate que de 1971 à 1979 le droit favorise la colonisation juive en Cisjordanie, que de 1979 à 1981 il y a un fort afflux de citoyens israéliens en Cisjordanie, que de 1981 à 1987, la base légale confirme de facto l’annexion de la Cisjordanie, l’extension du droit israélien aux colonies, la séparation administrative légale des habitants juifs et palestiniens dans les zones occupées.


Partout où la mission s'est rendue, elle a pu constater la patience et le bon vouloir des Palestiniens, même dans des circonstances dures telles que des bombardements.

 Les colonies peuvent s’étendre de droit dans un périmètre défini bien des années auparavant " légalement ". Les constructions, le bâti ne constituent que la partie visible de l’iceberg. Le cas de la colonie de Maale Adoumim implantée dans Jérusalem Est depuis 1967 a un périmètre sans aucune commune mesure avec son aire bâtie déjà excessivement grande. Ce périmètre allant quasiment jusqu’au Jourdain scinde la Cisjordanie et formera à terme une barrière hermétique entre Nord et Sud.

Non loin de Maale Adoumim, s’était installé un camp de bédouins expulsés du Néguev. Il ne restent que quelques tentes lépreuses. Le reste de la communauté a fuit car elle se trouvait sur l'aire d’extension d’une colonie.

J'apprend aussi que le contrôle foncier s'appuie sur un arsenal juridique constitué principalement d’ordonnances militaires. La situation à laquelle se trouve plus généralement confronté un Palestinien spolié de sa terre est la réquisition sur décision du gouverneur militaire. La terre " privée " se trouve alors classée dans le domaine public puis consacrée à la colonisation. En 1982, une députée israélienne a survolé la Cisjordanie, en indexant toutes les terres " non habitées " terres " incultes ". Puis en faisant référence à une loi ottomane, bien antérieure au mandat britannique, et qui édictait que les terres incultes peuvent être confisquées, confisqua ces terres au profit de la colonisation.

L'occupation, la colonisation répond à la logique d’un contrôle extraterritorial. Les colonies protégées par le droit israélien veulent bénéficier d’une continuité territoriale, d’un accès rapide et sécurisé. La colonisation protégerait ainsi la colonisation. Et échapperait autant que faire se peut à tout contrôle palestinien.


Sur toutes les maisons des colons flotte un arrogant drapeau. Ici la villa d'Ariel Sharon, avec en plus un chadelier à neuf (sic) branches.

Pour ce que nous voyons, la colonisation obère la société israélienne et présage d’une annexion de la Palestine en enfermant toute identité, toute liberté des Palestiniens dans des enclaves, des genres de bantoustans.

Dans certains villages, personne n’est venu leur rendre visite depuis deux ans. Et depuis deux ans, leurs habitants n'ont pu se rendre à l'extérieur du périmètre de leurs villages et de leurs champs. Je n'arrive pas à imaginer pareille situation où quelques millions de Palestiniens doivent se résigner à l’immobilité et à ce que " l’unité de leur étroit territoire demeure dans des cartes mentales, à cause des liens familiaux et des images de la télévision palestinienne ".

Jérusalem-Est : nous passons devant la maison d’Ariel Sharon. Nous ne sommes pas très loin de  la porte de Damas. Chaque maison de colon est signalée dans la vieille ville par un drapeau narguant Jérusalem Est.

Ali Jiddah nous reçoit au Centre Africain de Jérusalem Est. Il est membre du FPLP. " Pourquoi suis-je devenu violent ? Il me semble que j’ai perdu mon intégrité. Je suis devenu membre du FPLP en 1968, j’ai mis une bombe porte de Jaffa qui a fait 9 blessés. Je l’avait fait parce qu’un village avait été bombardé "

Il fut condamné à 20 ans de réclusion. Son message est clair : " le conflit israélo-palestinien ne doit pas, ne pourra pas être résolu par une intervention américaine… C’est aux Israéliens qu’il incombe de savoir ce qu’ils veulent faire de ce conflit ".

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Il me semble qu'effectivement il est du ressort de la société civile israélienne de savoir ce qu’elle a à gagner et surtout ce qu’elle a à perdre dans la colonisation. Déjà des mouvements israéliens disent non à cette colonisation. L’une des dernières manifestations à Tel Aviv avait pour slogan "L'occupation nous tuera tous " Il y eut 10 000 manifestants.

Ali Jiddah nous dit: " Vous êtes français, moi je suis né ici. Vous pouvez vous promener à toute heure du jour et de la nuit dans ces rues aux vieilles pierres. Ces vieilles pierres à qui je parle, moi, j’en suis privé (…)  Je demande justice pour les deux côtés (…) Je ne peux pas construire un Etat palestinien dans la dépendance d’Israël ".


Les check-points n'ont aucun intérêt militaire. Ils n'ont d'autre utilité que d'humilier encore et encore les Palestiniens.

Le 9 février 2002 - Ramallah, Route entre Offra et Beit-El, université de Birzeit, rencontre avec Abou Ammar.

Ramallah " citadelle de Dieu "  autonome depuis 1995 . C'est dans cette ville que, peu avant notre passage, la radio " Voice of Palestine " fut détruite. Cette radio avait été construite grâce aux subventions européennes: l’Europe n’a rien dit ou fait lors de cette destruction.

Il faut pour arriver à Ramallah autonome passer par le check point de Qualandia. Un check point de sécurité. Nous y avons vu l’humiliation, la lenteur, subi l’attente. Un check point sadique où les questions de sécurité passent au second plan. En effet, la fouille de la voiture est sommaire quand elle a lieu, les humiliations sont quant à elles, bien réelles. Le flux des voitures, camions et passants en contre bas sous l'œil vigilant de deux militaires, des enfants.


Les frontières intérieures entretiennent la ségrégation, et servent à établir l'apartheid entre Israël et les Palestiniens.

Une foire d'empoigne de part et d'autre du barrage, un écoulement lent des automobiles contenu par quatre militaires vérifiant les papiers, tous. Ces papiers peuvent être confisqués, pourquoi ? aucune raison n'est à donner. Les clés de la voiture peuvent être confisquées, pourquoi ? aucune raison n’est à donner. Un autre jour deux cars de la délégation des femmes ayant rencontré Yasser Arafat, seront stoppés. Ces femmes nous les avions vues d’abord intriguées par notre présence dans le couloir militaire interdit d’accès à quiconque, puis joyeuses en tendant le V de la victoire, elles étaient tout sourire. Les cars vidés devront rester à Ramallah, les femmes, elles, retourneront à Jericho par les moyens du bord. Les moyens du bord : toute une économie s’est installée à chaque bout du check point, taxis, vente de café…

L’attente peu durer plus de trois heures si vous êtes en voiture, si vous prenez un taxi, il vous mènera au prochain check point, il vous restera à passer emprunter à pied le couloir grillagé, couloir honteux de l’apartheid, jusqu’à la sortie de ce barrage pour monter dans un nouveau moyen de locomotion.

Quel palestinien aurait osé s'approcher de la tour mirador, ce vieux palestinien les bras chargés d'un petit fagot de bois, l'échine courbée avançant au pas lent de la personne âgée, une résistance vite réprimée par les aboiements du jeune militaire. Combien d'hommes de femmes et d'enfants, ce jeune militaire, a-t'il déjà humilié ? Se rappelle-t-il la première fois où il a tiré sur un civil.

Nous finissons par entrer en ce qui constitue normalement un territoire classé zone A (par conséquent totalement autonome). La réalité est bien différente et, hélas, tout est fait pour qu'a chaque mouvement que fait un Palestinien sur les territoires cette réalité lui soit rappelée sans cesse : nous vous colonisons, ces terres nous les faisons nôtres. Ici, l'entrée de Ramallah est cernée de colonies illégales et armées, le taux de remplissage pour certaines est très faible toutefois le but premier est avant tout d'occuper l'espace.


Selon les plus extrémistes, l'apartheid ou le bouclage ne sont que des étapes sur la voie d'un futur nettoyage ethnique.

Nous rencontrons des responsables de l’antenne du Jerusalem Legal Aid and Human Rights Center .

Au nord de Ramallah se trouve une vallée classée zone verte, la vallée de l’Offra entourée de quatre villages palestiniens vivant des produits de récolte de cette vallée verdoyante. Nous sommes ici avec une illustration parfaite du calcul, du plan de colonisation du gouvernement Israélien. Pour relier deux colonies, le gouvernement projette de faire construire une route de contournement, au mépris de l’écosystème. La construction de cette route, outre son tracé, sur 80 mètres de large, rend les terres incultivables et anéantit toutes les ressources en eau par la destruction des sept sources naturelles d’eau. Cette route ferait également barrage à l’écoulement des eaux hivernales et constituerait une aberration écologique.


Qu'elle est belle cette petite vallée verdoyante et toute fleurie d'anémones sauvages.

Cette route constitue une aberration économique puisque qu'un système routier existe déjà, mais celui-ci est emprunté par les Palestiniens. Hors le système érigé est celui de l'apartheid. Un système routier pour Israéliens et un système routier Palestinien, que les Israéliens s'évertuent à anéantir comme ici, dans cette vallée. La route reliant les quatre villages et constituant l'un des axes principaux de circulation entre Ramallah et Naplouse, esa été détruite par bulldozer. Il faut savoir que le budget pour cette route a été voté par la Knesset en 1999 avec 24 autres projets, il est de 9 Millions de $ pour 6 kilomètres construits. Ce sont 200 fermiers privés de terre et donc de moyens de subsistance, ce sont les réfugiés d’un camp se trouvant sur le tracé qui devront à nouveau êtres expulsés.

Le cas de la vallée de l’Offra est un paradoxe si l’on peut considérer que l’inhumain est paradoxal. La vallée se trouve en zone C, donc zone gérée uniquement par les Israéliens, elle se trouve être une zone de réserve naturelle (zone verte) donc réputée inconstructible par le Israéliens…

Le Jerusalem Legal Aid a déposé une objection auprès de la cour militaire ; la lutte semble vaine, elle est faite de demandes de délais (ici ils peuvent espérer faire reculer les travaux de 3 à 6 mois., quand il y a urgence. Ici il faudra apporter la preuve que les terres de cette vallée appartiennent aux Palestiniens depuis au moins 6 000 ans. 

L’Université de Birzeit célèbre pour les français par son accueil justifié à Lionel Jospin à coups de jets de tomates, tant il n’avait compris les " promesses " de son discours, certes, convenu en France mais inacceptable en Palestine ou à toute personne un tantinet ouverte. Cette université semble être la mal aimée de la France puisque c’est par un article peu flatteur que s’exprimait à son sujet l’inénarrable BHL, "philosophe fat" et "spécialiste des guerres en tout genre", notre nouveau Malraux façon Ikéa.


L'arbitraire frappe les Palestiniens sous des apparences juridiques très formelles et tatillonnes. Mais toujours injustes. Seul règne le droit du plus fort.

Cette université fort réputée, mais dont les étudiants qui viennent tous les jours de Jérusalem éprouvent de plus en plus les pires difficultés à gagner depuis le début de l'intifada. En effet, ils mettent environ 3 heures à joindre les salles de cours . Le check point de Sourda est très difficile à passer, et il se passe généralement à pieds ce qui reste problématique pour les ambulances qui, elles, ne passent pas. Beaucoup d'étudiants ont fait le choix de ne pas rentrer chez eux depuis le début de l'intifada. 

La fin de journée est réservée à une visite à Yasser Arafat pour certains du groupe, quand les autres vont manifester à Tel-Aviv avec les mouvements de la paix israéliens (Femmes-en-noir, Bat Shalom, Ta Ayouch). Ce chef de l’Autorité Palestinienne, reconnu par Israël en 1993, est actuellement emprisonné dans son QG assiégé par les chars de l’armée israélienne (Ramallah est une zone A, donc autonome !). Notre rencontre est celle de la solidarité.

Le 10 et 11 février 2002 - Ramallah : Nous ne pouvons accepter le compromis du compromis. Nous voulons nos droits. Nous subissons une punition collective. C’est une force d’occupation contre une société civile. Ainsi s'exprimait Mustapha Bargouti au HDIP (Health Developpement Information and Policy Institute) chirurgien et militant pour les droits des Palestiniens avant que nous allions manifester devant les chars assiégeant le QG de Yasser Arafat.


Autour des check-points sur lesquels les Palestiniens passent des heures, de petits business se sont développés comme ici à Qualandiah.

Nous partons pour les territoires de Gaza en début d’après midi.

La tension n’est pas la même à Gaza qu’en Cisjordanie, la misère, la frustration y semblent beaucoup plus " ouvertes ". Les habitants de Gaza semblent être en un perpétuel état de siège. Cette impression s’impose, évidente à nos yeux tant nous croisons la violence des bombardements, la peur et ce, dès les premiers pas posés à l’entrée de la bande de Gaza. Les premiers bombardements sont une réponse à la mort de deux Israéliens dans le Néguev. 

Ces bombardements se poursuivent le lendemain sur une prison renfermant entre autre les prisonniers politiques taxés de terrorisme et réclamés par Israël. Un moyen sûr de discréditer Yasser Arafat aux yeux du peuple qui se trouve derrière lui, en le faisant passer pour un personnage de mauvaise volonté, voire collaborateur.

Nous sommes attendus au camp de réfugiés de Khan Younis. Un check point bloque toute progression vers ce point ; à notre arrivée une ambulance attend depuis déjà 1 heure. Ce jour là seuls les agents de l’ONU pourront passer et aller au camp de Khan Younis, les réfugiés ne s’en trouveront pas plus protégés, bien au contraire puisque ce sont eux les pourvoyeurs d’une "aide" particulière puisqu’ils maintiennent cette population dans l’oppression. 


Face aux chars, aux gaz et aux fusils des militaires israéliens.

Les deux heures de tractations avec les jeunes militaires du check point auront été deux heures vaines (lot de tous les jours pour les Palestiniens), nous apprenons que les bombardements sur Gaza ville reprennent. La lutte des Palestiniens est une lutte aux aspirations universelles, celles de disposer de droits, de leurs terres et de l’eau. 

Le 12 février 2002 - Jérusalem, Tel Aviv.

Avant le départ pour la France, certains d’entre nous rencontrent le Consul de France.

Il juge l’attitude américaine comme négative et primitive au regard d’une problématique palestinienne qui disparaît trop facilement derrière l’image du terrorisme. Ces Etats Unis demandent à Yasser Arafat de se placer comme un dictateur, un autocrate, ce qui facilite l’opposition manichéenne d’Israël, seul pays démocratique, contre les pays arabes, y compris la Palestine, dictatoriaux. Cela relève d’une profonde incompréhension qui plus est actuellement , alors que les Etats Unis préparent l’attaque de l’Irak.

En ce qui concerne le rapport Mitchell, celui-ci n’a aucune teneur politique, et même s’il paraît relativement bien, il ne possède aucun mécanisme d’application. Ce rapport ne pourra, dans les faits, fonctionner car il est évident que Sharon négociera en dessous de l’acceptable pour les Palestiniens.

Jean Claude Amara : Peut-on envisager de réactiver l’Assemblée Générale de l’ONU pour l’application des quatre conventions de Genève et ainsi contourner le véto américain?

Consul : c’est chose déjà tentée par les Palestiniens , il y a opposition avec une frilosité des membres du conseil de sécurité. Ce qui par contre serait envisageable c’est une cour internationale de justice. Ce qui peut être également intéressant serait la mise en place d’élections, hors en étant reconnu membre de l’Onu, un pays peut demander l’intervention d’une force de protection sur son propre territoire.

Nous constatons, et ce depuis le 11 septembre, qu’une assimilation civil/colon s’opère, c'est avant tout une force d’occupation militarisée.

Aéroport de Tel Aviv.

Awo Warsama

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