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7ème Mission Civile de Protection du Peuple (Rapport de mission) Le 6 février 2002 - Arrivée à l'aéroport David Ben Gourion à Tel-Aviv. Nous rejoignons Jérusalem Est où nous devons rencontrer MM. Michel Warchawski (militant et écrivain) et Azmi Bishara (député arabe à la Knesset) actuellement privé de son immunité parlementaire. Deux personnes à l’aéroport " mendient " un visa pour les Etats-Unis, la pancarte indique qu’ils viennent de Kiev. Le terme russe désigne en Israël les juifs arrivés de l’URSS depuis la fin des années 80. Ces personnes traitées en parias sous le régime soviétique se voyaient refusé jusqu’alors le droit d’émigrer, leur Alya (montée en Israël). J’apprendrai plus tard que l’on peut estimer, selon différentes sources, que de 20% (selon les autorités religieuses) à 60% (selon Michel Warchawski) des immigrants russes ne sont pas juifs. Sur la route principale nous menant à Jérusalem nous pouvons apercevoir dès le passage de la ligne verte que les accès annexes sont obstrués soit par de gros blocs de béton, soit par des remblais de gravats. Ces accès sont les chemins, petites routes menant à des villages palestiniens. Des militaires rentrant chez eux à pied, treillis, arme au dos, font du stop et trouvent facilement une voiture s’arrêtant sur le bas côté. Jérusalem Est, dans la vieille ville, porte de Damas. Le budget est voté en ce moment à la Knesset, Azmi Bischara ne pourra nous rejoindre. Quatre maisons viennent d’être détruites au nord de Jérusalem, et l’une des dernières associations palestiniennes vient d’être fermée. L’accueil chaleureux de Michel Warchawsky ne doit pas tromper, les temps sont au pessimisme. Il se définit non comme un militant de la paix – celle-ci revêt pour l’heure et à son sens l’image d’une coquille vide – mais comme celui de la justice. Pour lui, les Palestiniens, où qu’ils vivent, subissent l’offensive jamais égalée dans la violence depuis 1948 qu’il qualifie de " folie meurtrière ". Dans cette " folie meurtrière ", les morts, les bombardements, les "assassinats ciblés" (véritable terrorisme d’Etat), les destructions de maisons ont une part prépondérante.
Albert Jacquard nous dit: " En fait, M. Ariel Sharon, en mettant en place une politique à long terme d’un grand Israël avec quelques tâches résiduelles, offre à son peuple et pour 50 ans, du sang et des larmes pour un projet moyenâgeux ". Le 7 février 2002 - Sud de la Cisjordanie, Bethléem, Beit Jala, camp de Dheicheh, village El Khader. Premières colonies, premiers check-points.
En arrière plan, un bloc lointain, monolithique perché à la cime d'une colline, les grues trahissent l'activité, des tranchées béantes, un anneau d'asphalte ceinture l'assise du monticule. Le sentiment donné au touriste, au passant palestinien, au militaire israélien, c'est toujours celui d'un processus de colonisation.
Ce que vit Beit Jala, c'est la promiscuité avec une très grande colonie implantée en face au sommet de la colline la plus proche: " Ils tirent de Gilo " me disent les habitants. Gilo est cette colonie qui comptait, en 1973, 5000 personnes. Et qui en compte 10000 actuellement. Lorsque l’on parle de colonie, " l’erreur la plus grave effectuée depuis le 11 septembre est d’assimiler les colons à une société civile ", nous rappelle Monsieur Pietton Consul de France, " les colonies sont militarisées, les colons sont une force d’occupation militarisée ".
C’est la route de contournement la " by-pass road ". Elle dessert Gilo, la raccorde aux réseaux routiers mis en place par le gouvernement israélien en Palestine. Son utilisation est bien évidemment interdite aux Palestiniens. Tout le réseau routier, préexistant à la route de contournement, est détruit, obstrué ou encore barré par un check point. Le camp de réfugiés de Dheicheh Les vestiges d’une entrée à tourniquet restent là branlants, les pieds dans le sable c’est le souvenir de l’une des 14 entrées au camp, où une à une entraient les personnes réfugiées. Ce camp ressemble à une prison à ciel ouvert. Les murs tristes des mansardes sont graphitées des visages des martyrs, pour certains des enfants, et de fresques retraçant l'histoire d’un peuple expulsé. Si d’aventure vous demandez aux jeunes habitants du camp de Dheicheh si ils se considèrent ici chez eux, vous aurez toujours la même réponse simple, cinquante trois ans après : je viens de tel village. Mais c'est un village qu’ils n’ont jamais connu, c'est le village d'où étaient originaires leurs parents. Le village d’El Khader
Sa maison et les extensions sommaires construites pour ces deux fils et 30 petits enfants n'a donc pas d'existence légale. Ibrahim a vu ses champs amputés de 120 oliviers. La route qui menait au village est obstruée de gravats et de blocs de béton. Nombreux sont les villageois que nous avons croisés remontant chargés d'un fagot de bois par cette route barrée.
Le 8 février 2002 - Constat de la colonisation de Jérusalem. Rencontre avec des associations israéliennes et palestiniennes. Rencontre avec Ali Jiddah membre du FPLP. Jérusalem, étymologiquement la ville de la paix, constitue le nœud gordien du conflit: En juin 1967, le mot d’ordre était d’en faire " une ville aussi peu arabe que possible". Avec une présence arabe limitée à 28% la population se répartissait ainsi : 250 000 juifs et 70 000 arabes. En 1981 le vote de la Knesset, condamné par l’ONU, affirmant que Jérusalem constituait la capitale éternelle d’Israël, donna l’impulsion à la colonisation autour des quartiers arabes. En 1993, la municipalité ne cachait pas sa volonté de créer une conurbation, un grand Jérusalem à population entièrement juive. Aujourd’hui la population arabe ne dépasse pas les 30 % . Ce qui peut paraître étonnant compte tenu du taux de natalité élevé. Ceci s’explique notamment par la politique israélienne d’aménagement du territoire. Les zones non habitées dans Jérusalem Est furent décrétées inconstructibles. Les zones déjà construites, ne l’étant pas sur une base légale d’un plan d’occupation des sols, ne purent prétendre à s’agrandir. Un mouvement s’opère donc en dehors de Jérusalem.
Nous empruntons la route n°1 séparant Jérusalem Est de Jérusalem Ouest, sur laquelle passe en même temps que nous un convoi de bulldozers blindés. Michel Warchawsky nous accompagne. Il nous parle du phagocytage des terrains cisjordaniens aux alentours de Jérusalem au profit des colonies. Elles contribuent ainsi à la création du grand Jérusalem. La veille au soir, la rencontre avec un architecte urbaniste juif israélien (dont l’association présente des recours contre des projets d’urbanisme pouvant constituer une aberration humaine, écologique) nous permet de prendre conscience de ce qu’implique la notion de colonie et son corollaire, l’établissement d’un réseau routier cohérent. Nous voyons une colonie qui s'élargit: les nouveaux développements coloniaux " n’annexent plus de nouvelles terres ", mais s’étendent dans le périmètre définit précédemment de manière arbitraire.
Les colonies peuvent s’étendre de droit dans un périmètre défini bien des années auparavant " légalement ". Les constructions, le bâti ne constituent que la partie visible de l’iceberg. Le cas de la colonie de Maale Adoumim implantée dans Jérusalem Est depuis 1967 a un périmètre sans aucune commune mesure avec son aire bâtie déjà excessivement grande. Ce périmètre allant quasiment jusqu’au Jourdain scinde la Cisjordanie et formera à terme une barrière hermétique entre Nord et Sud. Non loin de Maale Adoumim, s’était installé un camp de bédouins expulsés du Néguev. Il ne restent que quelques tentes lépreuses. Le reste de la communauté a fuit car elle se trouvait sur l'aire d’extension d’une colonie. J'apprend aussi que le contrôle foncier s'appuie sur un arsenal juridique constitué principalement d’ordonnances militaires. La situation à laquelle se trouve plus généralement confronté un Palestinien spolié de sa terre est la réquisition sur décision du gouverneur militaire. La terre " privée " se trouve alors classée dans le domaine public puis consacrée à la colonisation. En 1982, une députée israélienne a survolé la Cisjordanie, en indexant toutes les terres " non habitées " terres " incultes ". Puis en faisant référence à une loi ottomane, bien antérieure au mandat britannique, et qui édictait que les terres incultes peuvent être confisquées, confisqua ces terres au profit de la colonisation. L'occupation, la colonisation répond à la logique d’un contrôle extraterritorial. Les colonies protégées par le droit israélien veulent bénéficier d’une continuité territoriale, d’un accès rapide et sécurisé. La colonisation protégerait ainsi la colonisation. Et échapperait autant que faire se peut à tout contrôle palestinien.
Il fut condamné à 20 ans de réclusion. Son message est clair : " le conflit israélo-palestinien ne doit pas, ne pourra pas être résolu par une intervention américaine… C’est aux Israéliens qu’il incombe de savoir ce qu’ils veulent faire de ce conflit ".
Le 9 février 2002 - Ramallah, Route entre Offra et Beit-El, université de Birzeit, rencontre avec Abou Ammar. Ramallah " citadelle de Dieu " autonome depuis 1995 . C'est dans cette ville que, peu avant notre passage, la radio " Voice of Palestine " fut détruite. Cette radio avait été construite grâce aux subventions européennes: l’Europe n’a rien dit ou fait lors de cette destruction. Il faut pour arriver à Ramallah autonome passer par le check point de Qualandia. Un check point de sécurité. Nous y avons vu l’humiliation, la lenteur, subi l’attente. Un check point sadique où les questions de sécurité passent au second plan. En effet, la fouille de la voiture est sommaire quand elle a lieu, les humiliations sont quant à elles, bien réelles. Le flux des voitures, camions et passants en contre bas sous l'œil vigilant de deux militaires, des enfants.
L’attente peu durer plus de trois heures si vous êtes en voiture, si vous prenez un taxi, il vous mènera au prochain check point, il vous restera à passer emprunter à pied le couloir grillagé, couloir honteux de l’apartheid, jusqu’à la sortie de ce barrage pour monter dans un nouveau moyen de locomotion. Quel palestinien aurait osé s'approcher de la tour mirador, ce vieux palestinien les bras chargés d'un petit fagot de bois, l'échine courbée avançant au pas lent de la personne âgée, une résistance vite réprimée par les aboiements du jeune militaire. Combien d'hommes de femmes et d'enfants, ce jeune militaire, a-t'il déjà humilié ? Se rappelle-t-il la première fois où il a tiré sur un civil.
Nous rencontrons des responsables de l’antenne du Jerusalem Legal Aid and Human Rights Center . Au nord de Ramallah se trouve une vallée classée zone verte, la vallée de l’Offra entourée de quatre villages palestiniens vivant des produits de récolte de cette vallée verdoyante. Nous sommes ici avec une illustration parfaite du calcul, du plan de colonisation du gouvernement Israélien. Pour relier deux colonies, le gouvernement projette de faire construire une route de contournement, au mépris de l’écosystème. La construction de cette route, outre son tracé, sur 80 mètres de large, rend les terres incultivables et anéantit toutes les ressources en eau par la destruction des sept sources naturelles d’eau. Cette route ferait également barrage à l’écoulement des eaux hivernales et constituerait une aberration écologique.
Le cas de la vallée de l’Offra est un paradoxe si l’on peut considérer que l’inhumain est paradoxal. La vallée se trouve en zone C, donc zone gérée uniquement par les Israéliens, elle se trouve être une zone de réserve naturelle (zone verte) donc réputée inconstructible par le Israéliens… Le Jerusalem Legal Aid a déposé une objection auprès de la cour militaire ; la lutte semble vaine, elle est faite de demandes de délais (ici ils peuvent espérer faire reculer les travaux de 3 à 6 mois., quand il y a urgence. Ici il faudra apporter la preuve que les terres de cette vallée appartiennent aux Palestiniens depuis au moins 6 000 ans.
Cette université fort réputée, mais dont les étudiants qui viennent tous les jours de Jérusalem éprouvent de plus en plus les pires difficultés à gagner depuis le début de l'intifada. En effet, ils mettent environ 3 heures à joindre les salles de cours . Le check point de Sourda est très difficile à passer, et il se passe généralement à pieds ce qui reste problématique pour les ambulances qui, elles, ne passent pas. Beaucoup d'étudiants ont fait le choix de ne pas rentrer chez eux depuis le début de l'intifada. La fin de journée est réservée à une visite à Yasser Arafat pour certains du groupe, quand les autres vont manifester à Tel-Aviv avec les mouvements de la paix israéliens (Femmes-en-noir, Bat Shalom, Ta Ayouch). Ce chef de l’Autorité Palestinienne, reconnu par Israël en 1993, est actuellement emprisonné dans son QG assiégé par les chars de l’armée israélienne (Ramallah est une zone A, donc autonome !). Notre rencontre est celle de la solidarité. Le 10 et 11 février 2002 - Ramallah : Nous ne pouvons accepter le compromis du compromis. Nous voulons nos droits. Nous subissons une punition collective. C’est une force d’occupation contre une société civile. Ainsi s'exprimait Mustapha Bargouti au HDIP (Health Developpement Information and Policy Institute) chirurgien et militant pour les droits des Palestiniens avant que nous allions manifester devant les chars assiégeant le QG de Yasser Arafat.
Ces bombardements se poursuivent le lendemain sur une prison renfermant entre autre les prisonniers politiques taxés de terrorisme et réclamés par Israël. Un moyen sûr de discréditer Yasser Arafat aux yeux du peuple qui se trouve derrière lui, en le faisant passer pour un personnage de mauvaise volonté, voire collaborateur.
Les deux heures de tractations avec les jeunes militaires du check point auront été deux heures vaines (lot de tous les jours pour les Palestiniens), nous apprenons que les bombardements sur Gaza ville reprennent. La lutte des Palestiniens est une lutte aux aspirations universelles, celles de disposer de droits, de leurs terres et de l’eau. Le 12 février 2002 - Jérusalem, Tel Aviv. Avant le départ pour la France, certains d’entre nous rencontrent le Consul de France. Il juge l’attitude américaine comme négative et primitive au regard d’une problématique palestinienne qui disparaît trop facilement derrière l’image du terrorisme. Ces Etats Unis demandent à Yasser Arafat de se placer comme un dictateur, un autocrate, ce qui facilite l’opposition manichéenne d’Israël, seul pays démocratique, contre les pays arabes, y compris la Palestine, dictatoriaux. Cela relève d’une profonde incompréhension qui plus est actuellement , alors que les Etats Unis préparent l’attaque de l’Irak. En ce qui concerne le rapport Mitchell, celui-ci n’a aucune teneur politique, et même s’il paraît relativement bien, il ne possède aucun mécanisme d’application. Ce rapport ne pourra, dans les faits, fonctionner car il est évident que Sharon négociera en dessous de l’acceptable pour les Palestiniens. Jean Claude Amara : Peut-on envisager de réactiver l’Assemblée Générale de l’ONU pour l’application des quatre conventions de Genève et ainsi contourner le véto américain? Consul : c’est chose déjà tentée par les Palestiniens , il y a opposition avec une frilosité des membres du conseil de sécurité. Ce qui par contre serait envisageable c’est une cour internationale de justice. Ce qui peut être également intéressant serait la mise en place d’élections, hors en étant reconnu membre de l’Onu, un pays peut demander l’intervention d’une force de protection sur son propre territoire. Nous constatons, et ce depuis le 11 septembre, qu’une assimilation civil/colon s’opère, c'est avant tout une force d’occupation militarisée. Aéroport de Tel Aviv. Awo Warsama Cliquez ici pour revenir Outre-Rêve
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